Je suis perplexe quant au fait qu’il y ait un avantage à être aveugle!

credit-luc-merineau

Assise dans un café avec une non-voyante, nous profitons d’un breuvage bien chaud dans le Nouvo St-Roch; quartier branché du centre-ville de Québec où se côtoient travailleurs des nouvelles technologies, commerçants, étudiants, résidents, artistes et artisans…Telle en est la description qu’en fait le site pour promouvoir le quartier.

Mon regard est attiré vers l’extérieur. J’y regarde ce quartier que j’ai habité il y a plus de 30 ans déjà. Comme il a changé, évolué, dans sa structure! Mais quand est-il de ceux qui l’habitent?

Qui de ceux que je vois passer devant moi, y habitent? Celui-ci avec ses écouteurs sur les oreilles, sac à la main, jeans de marque, manteau dernier cri ou celui-là, cigarette à la main, vêtu de façon très « pauvrement » se chamaillant avec un être que seul lui peut voir?

Résidents ou passants, tous ces gens se côtoient et se déplacent en marchant d’un pas parfois grand, parfois petit, rapide, lent, mais aucun regard ne se croise. Il est parfois vers le haut, le bas, mais jamais dans le regard de l’autre. Tout le monde s’évite, se fuit…du regard!

À vouloir éviter le regard de la personne qu’ils ont croisé dans la rue, parfois ils croisent le mien à travers la vitre. Surtout, ne croiser aucun regard et si par inadvertance cela se produisait, vite détourner encore une fois!

Tout en étant obnubilé par tous ces regards se fuyant, j’ai porté le mien vers la personne qui m’accompagnait pour lui partager ce que j’observais. Quand mes yeux se sont posés sur elle, j’ai vu une personne radieuse, souriante qui dégageait un bien-être dont je l’avoue, me laissait pantoise.

Pendant que de mon côté j’étais captivée par tous les regards de l’extérieur, de son côté elle écoutait tout ce qui se passait à l’intérieur. Non seulement écoutait-elle, mais elle humait la bonne odeur du café et des croissants frais. Elle laissait ses doigts parcourir le dessus de la table, commentant la douceur de ce coin-ci versus la rigidité de l’autre, du confort de la chaise et de cette petite brèche sur l’anse de la tasse. Détournant la tête, comme pour jeter un regard, qu’elle n’avait plus, sur le bruit de la chaise d’à côté qui se reculait ou de cette cuillère échappée.

Je la regardais me raconter ce qu’elle voyait, et c’est à ce moment que j’ai constaté que de mon côté mes yeux me criaient que tout était hétéroclite, inharmonieux, un manque de compassion entre humains alors que de son côté tout était harmonieux, inter relié et savoureux!

En partageant ma pensée, elle me répond: « c’est l’avantage d’être aveugle »! Sur cette phrase qui me laisse très perplexe, nous nous sommes levées…

Ah! Tiens-toi, je t’avais oublié en dessous de la table!